Syndicat : la loi de la rue (1e partie)

Manifestation : barrage filtrant de la FGTB et la CSC à Namur

Barrage filtrant à l'entrée de Namur

« Suite à un arrêt de travail du personnel SNCB, la circulation des trains est interrompue… »

Les grèves immobilisent à nouveau le pays et on s’inquiétera de savoir si ce n’est pas le début d’une longue série. En effet, les syndicats belges se refusent d’accepter, sans faire entendre leur point de vue, les réformes nécessaires à la sauvegarde du système social belge. Et l’éternelle question du fond et de la forme fait à nouveau débat… Peut-on se permettre d’immobiliser contre son gré, et parfois sans préavis, la moitié d’un pays? Peut-on empêcher des personnes de se rendre sur leur lieu de travail, quand bien même la cause serait pertinente? Tentons de comprendre un peu plus les tenants et aboutissants du syndicalisme…


Histoire du syndicalisme
Les syndicats en Belgique
Prise d’otage
Pour poursuivre le dialogue…


Définition

Le dictionnaire Larousse définit les syndicats comme des « groupements constitués pour la défense d’intérêts professionnels ou catégoriels communs ». Concrètement, ils cherchent à unifier des groupes sociaux dans le but de défendre des intérêts collectifs (hausse des salaires, meilleures conditions de travail, baisse du temps de travail, lutte contre le licenciement…) pour les travailleurs.

Histoire du syndicalisme

Historiquement, le syndicalisme européen est issu des groupements corporatifs (métiers, compagnonnage…) que l’on retrouvait dans les sociétés modernes et médiévales. C’est dans les années 1880 que le syndicalisme est apparu en Europe. En Belgique, le premier syndicat d’ordre national fut le Parti Ouvrier Belge (« Werkers Verbond »), créé en 1885. Le mouvement syndical belge est né à Gand (qui était alors un important centre industriel) dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il regroupait alors des associations flamandes telles que les « Broederlijke Wevers » (Tisserands fraternels) et les « Noodlijdende Broeders » (Frères indigents).

Manifestation à Bruxelles - Lutte sociale

Au commencement était la lutte sociale...

Les assurances sociales liées aux combats syndicaux sont nombreuses : le salaire (qui est devenu au fil du temps plus social : une partie substantielle du revenu sera détachée du travailleur particulier et redistribuée). Un salaire direct ouvrira le droit à d’autres rémunérations et sera donc accompagné d’un salaire indirect (couvrant le coût de l’éducation et la santé, des pensions de retraite ou du chômage). Si bien que l’affectation d’un emploi à un individu ne dépend pas seulement de la rétribution immédiate qu’il perçoit mais aussi des statuts et des services qui l’accompagnent.

Les syndicats ont aussi permis au marché du travail de maintenir une considération pour l’Humain lors des (r)évolutions de production (cf. la théorie économique de Keynes). Grâce à l’institutionnalisation de la négociation collective (entre interlocuteurs patronaux et syndicaux) et à l’intervention économique des pouvoirs publics, il devait en résulter une régularité de la consommation et évitant la crise.

En France, c’est la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui a autorisé la création de syndicats après que la loi Ollivier ait aboli, en 1864, le délit de coalition et autorisé de fait le droit de grève (sauf pour la fonction publique). Aujourd’hui, même si les grandes organisations syndicales françaises sont moins puissantes (elles sont passées de 17% d’affiliés en 1980 à 8% aujourd’hui), elles sont encore bien présentes dans le monde du travail. Ce désamour s’explique par les nombreuses crises économiques (entre autres 1974) mais aussi par la structure assez rigide du syndicalisme français.

Les syndicats en Belgique

Manifestations et grèves

Manifestations et grèves

En Belgique, l’appartenance à un syndicat est parmi les plus élevées d’Europe. Plus de la moitié des travailleurs belges sont affiliés aux CSC (confédération des syndicats chrétiens), FGTB (Fédération générale du travail de Belgique), et autre CGSLB (confédération générale des syndicats libéraux de Belgique). A titre de comparaison, ils sont moins de 10% en France, 20% en Allemagne ou au Pays-Bas. La Belgique est d’ailleurs un des rares pays européens (avec les pays scandinaves) où le taux de syndicalisation a tendance à augmenter (même si c’est assez lié au fait que les syndicats jouent le rôle d’organisme de payement pour les allocations de chômage). Il est à noter que l’affiliation est substantiellement plus importante chez les ouvriers que chez les employés.

Affiliés des syndicats belges
Syndicat Nombre d’affiliés
CSC 1.700.000
FGTB 1.400.000
CGSLB 250.000

Prise d’otage?

En Belgique, lors des dernières grèves de décembre, 95% des trains wallons ont été annulés sans préavis aucun… Il s’agissait une nouvelle fois d’une grève sauvage. Celle-ci fut décidée directement par les salariés en dehors de toute consigne syndicale (il faut par ailleurs bien différencier la grève sauvage d’une grève surprise – grève sans dépôt préalable d’un préavis mais avec accord éventuel des syndicats).

Et la SNCB « opérateur » (chargée du transport des personnes) de réagir amèrement face à ces actions sauvages : « Manifestement, les néerlandophones ont davantage le sens du respect du préavis de grève et de l’accord social que les Wallons. Mais ça, ce n’est pas un scoop » constate un cadre de la SNCB (souhaitant garder l’anonymat). « Les syndicalistes montois par exemple se glorifient d’avoir été les premiers à débrayer! »

Retour au début de l'article

Pour poursuivre le dialogue…

La Libre Belgique : le rail wallon « sauvage » à 95 %

RTBF info : Contre les grèves à répétition, le service minimum peine à s’imposer


La suite de cet article sera consacrée aux dérives syndicales. Nous nous poserons la question du pouvoir des syndicats. Mais aussi du service minimum : en quoi consiste-t-il? Sa mise en place est-elle réaliste? Cet article sera publié prochainement sur ce même blog…


Sources d’informations :

Institut Destrée : Histoire économique et sociale

Belga

Larousse

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6 Commentaires

  1. Sujet très controversé que tu abordes là , néanmoins, n’étant généralement pas avec les syndicats en ce qui concernent les grèves (et leurs actions en général qui sont, en ce qui me concernent, des résidus d’un autre temps), j’attends avec impatience ton article sur les dérives syndicales avant de fournir un commentaire plus élaboré🙂

    Répondre
  2. Toujours aussi fouillé, documenté, travaillé! Merci pour tes articles.

    Répondre
  3. abrassart

     /  17 janvier 2012

    Je n’ai jamais compris… Au lieu de faire une grève bidon qui ne sert a rien, dites moi comment un pays comme la Tunisie elle a réussi a renverser un système. Au moins eux ont bougé, pas comme ici. Prenez exemple sur eux et tout ira mieux. Les manifestations pacifiste non mais une vraie révolution point barre!

    Répondre
    • A ceci près que les manifestations se déroulant en Europe n’ont généralement pas vocation à renverser un régime autoritaire…
      Sinon, à titre personnel, je reste convaincu que les meilleures solutions découlent (le plus souvent) de la force des mots et non des maux de la force!

      Répondre
  4. Anonyme

     /  25 janvier 2012

    Très bon article, intéressant !

    Répondre
  1. Syndicats : la loi de la rue (2e partie) « Marketing et communication politique

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