Et si la faillite était une solution… (1e partie)

Affiche : Faillite d'un pays (Grèce - Islande)Islande, Grèce, Irlande, Portugal… la crise économique qui frappe le monde depuis quelques années fait des victimes en Europe. Comparaison n’est pas raison mais la réponse des pays européens à cette crise est fort différente. Austérité, aide des institutions économiques, appel au soutien de l’Europe (via le Fond Européen de Stabilité Financière, entre autres) mais aussi mise en faillite! Analysons la problématique…


Faillite d’un état : explication
Islande : réussir sa faillite
Chronique d’une mort annoncée
Le choix d’un peuple
Réaction de Paul Krugman
Reconnaissance du cas islandais
Pour poursuivre le dialogue…


Faillite d’un état : explication

La faillite d’un pays ne doit pas être considérée comme la faillite d’une entreprise car la liquidation d’un pays n’est bien sûr pas possible. Concrètement, une faillite, c’est la situation dans laquelle se trouve un agent économique (entreprise, personne physique ou morale) qui ne peut plus faire face à ses engagements financiers, conduisant à une procédure judiciaire. Il s’agira alors de céder les ressources dont il dispose (ses actifs) afin de rembourser autant que possible ce qu’il doit payer à ses créanciers (ses passifs). Mais, pour un Etat, cette procédure n’est pas possible car on ne peut organiser ni la liquidation d’un pays, ni évidemment la reprise de son activité. Et ce, pour 3 raisons…

  • Premièrement, en vertu de la souveraineté des États. Ces derniers représentent leur peuple, ils sont donc incessibles. Il n’existe aucune instance supérieure à même de régler le conflit entre débiteur – créditeurs pour les Etats. Même pour l’Union européenne ou un état fédéral, les pays restent souverains,
  • Deuxièmement, les actifs d’un pays sont souvent complexes, certains d’entre eux sont infongibles (ils ne peuvent être vendus). C’est par exemple le cas d’un réseau routier : on peut y installer un péage ou un système de vignette mais une route en tant que tel n’a pas de valeur chiffrable,
  • Troisièmement, la capacité d’un Etat à prélever un impôt ne peut être cédée.

Il est donc incorrect de parler de la « faillite d’un Etat » en associant au mot faillite le sens que nous lui donnons habituellement. Un pays peut par contre se retrouver en défaut ou en cessation de paiement. Ses créanciers ne peuvent pas, contrairement au cas d’un ménage, envoyer un huissier pour saisir des biens. D’où la confusion car, pour tout autre agent économique, c’est bien souvent ce qui est à l’origine de la faillite (avec l’incapacité d’emprunter de l’argent pour les rembourser). Pour l’état, il s’agira de restructurer la dette, c’est à dire négocier avec les créanciers afin de conclure une réduction des sommes dues.

Le cas le plus célèbre d’une « faillite d’état », celui de l’Argentine, le 7 décembre 2001, ne peut plus aujourd’hui servir de référence vu les liens actuels liant pays et banques. Ce pays, dans une situation dramatique il y a une grosse dizaine d’années, a considérablement renversé la vapeur en se positionnant aujourd’hui comme deuxième puissance économique d’Amérique latine et la 25e nation mondiale. Néanmoins, n’oublions pas que la « faillite » d’un état a toujours des conséquences désastreuses (notamment sociales) pour celui-ci.

Islande : réussir sa faillite

Chronique d’une mort annoncée

Islande : dévaluation marché Europe du Nord

Dévaluation marché Europe du Nord lors de la crise islandaise de 2008

Dans les années 90, l’Islande était un pays insolent de réussite : une économie florissante, une libéralisation intelligente des échanges, un rythme de croissance annuelle moyenne supérieur à 4%… En ouvrant son économie sur l’extérieur, les autorités ont lancé le pays dans une phase de croissance continue, permettant le succès de solides PME dans des marchés-niches et l’arrivée d’investisseurs industriels (dans l’aluminium entre autres) attirés notamment par une énergie géothermique bon marché.

La situation a commencé à déraper lors de l’arrivée dans l’île du capitalisme financier. La Banque centrale à augmenter les taux d’intérêt afin de juguler l’inflation liée au boom économique. Les rendements élevés ont alors attiré de nombreux capitaux internationaux flottants. Pour tenir le coup, les hommes d’affaires islandais multiplient les achats. De 1998 à 2005, les investissements islandais à l’étranger sont multipliés par 85…

Cette frénésie acheteuse est rendue possible par les banques islandaises qui se sont lourdement endettées (de huit à dix fois le PIB). Mais le niveau de vie est sans pareil : l’Islande se range parmi les cinq pays les plus riches du monde (en PIB par habitant), l’ONU classe l’île au premier rang pour sa qualité de vie (2007). Ses habitants sont emportés par une frénésie de consommation, grâce à des crédits très bon marchés (majoritairement étrangers) proposés par les banques. Le pays est pris dans une boucle sans fin…

La chute survient dès que le robinet de l’épargne mondiale se referme, par manque de confiance. Sans liquidité, les banques sont asphyxiées et ne peuvent être renflouées par l’Etat, vu leur niveau d’endettement. Leur valeur s’effondre et la panique se propage à l’étranger. Des centaines de milliers de personnes qui avaient placé leur épargne sur la banque en ligne Icesave perdent tout. Licenciements, récession, exil de l’élite, transferts internationaux bloqués…

Islande en pleine crise économique : explosion de sa dette

Explosion de la dette islandaise

C’est le chaos : plus aucune banque étrangère ne veut travailler avec des Islandais. Ministres et oligarques se rejettent la responsabilité Mais c’est le système en place qui pose problème : copinage, parentèles, intérêts croisés de la politique, de l’économie, des médias se recoupent et ôtent tout sens critique. En 2008, le député Steingrimur Sigfusson, du Mouvement de gauche-Verts disait alors « c’est comme si nous avions subi une catastrophe naturelle sauf que c’est nous qui l’avons provoquée ».

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Le choix d’un peuple

En réponse, une véritable révolution financière et démocratique (voire anticapitaliste) a eu lieu. Le peu de cas que la presse accorde à ce pays et aux solutions que celui-ci a développé pour répondre à la crise est d’ailleurs assez surprenant. Pourtant, les réactions citoyennes et l’appel à un référendum ont amenés à des conséquences loin d’être marginales (et dont la généralisation ferait peur au monde économique)? Un Peuple assiégeant (pacifiquement) le palais présidentiel, des partis politiques (de gauche comme de droite) désavoués par la population, un référendum imposé la voix de la rue…

Ce référendum avait pour but de déterminer s’il fallait rembourser les banques responsables de la grave situation islandaise. La réponse fut sans appel : 93% de la population refusant le remboursement des banques, en demandant la nationalisation jusqu’à l’élection d’une assemblée constituante, le 27 novembre 2010, celle-ci étant chargée d’écrire de nouvelles lois fondamentales traduisant l’aspiration à une société centrée sur le peuple.

Le président islandais, Ólafur Grímsson, a refusé de rembourser ses créanciers, pour la plupart étrangers. « L’Islande a laissé ses banques faire faillite. C’étaient des institutions privées et nous n’y avons pas injecté d’argent pour les maintenir à flot. Ce n’est pas une responsabilité de l’Etat » a-t-il déclaré.

Réaction de Paul Krugman

Paul Krugman, Prix Nobel d’économie, analyse la situation comme suit : l’Islande s’est relevée plus vite parce qu’elle n’a jamais adopté l’euro. « Le pays a fortement dévalué sa monnaie et imposé un contrôle des capitaux. Il s’est alors passé quelque chose d’étrange : bien qu’elle ait traversé la pire crise financière de son histoire, elle a été moins lourdement sanctionnée que d’autres nations. » Deux ans plus tard, la couronne islandaise a perdu 30 % mais ses industries tournent à plein régime et les habitudes de consommation ont évolué vers plus de responsabilité (moins d’importation et d’exotisme au profit de produits locaux et de saison).

Reconnaissance du cas islandais

fitch ratings agence de notation

Fitch Ratings

Témoin de la santé renaissante de l’économie islandaise, l’agence de notation Fitch Ratings vient de relever la note de dette long terme de l’Islande. En effet, elle vient de la monter d’un cran, à BBB–, ce qui permet à l’Islande , au bord du chaos à l’automne 2008, d’être désormais considéré comme un emprunteur fiable. « Le retour de la note de long terme en devise étrangère de l’Islande dans la catégorie +investissement+ traduit les progrès accomplis par le pays pour restaurer sa stabilité macroéconomique en menant à bien des réformes structurelles et en reconstruisant sa crédibilité financière », a souligné l’agence dans un communiqué.

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Pour poursuivre le dialogue…

Ce petit article du journal Le Point, proposant une potentielle solution pour la Grèce, vous introduira la deuxième partie de ce post.

L’argentine, un modèle pour la Grèce?


La suite de cet article sera consacrée à la Grèce et à l’Europe. Nous nous poserons la question de la pertinence des décisions islandaise et grecque ainsi que des risques que courent les autres pays européens. Cet article sera publié prochainement sur ce même blog…


Sources d’informations

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